Catherine Morel
« Je n’ai jamais vraiment arrêté d’avoir les mains dans la farine depuis mes huit ans. Je crois que je n’en ai pas envie. »
Un vieux carnet taché de chocolat, et tout a commencé là
Ma grand-mère avait un carnet de recettes qu’elle ne prêtait à personne. Les pages étaient gondolées, tachées de beurre et de chocolat, avec des annotations dans les marges que personne d’autre qu’elle ne pouvait déchiffrer. C’est avec ce carnet-là qu’elle m’a appris à faire mes premières tartes aux fruits du jardin — pas en me dictant des mesures, mais en me guidant à la main.
Ce que j’ai appris dans cette cuisine, ce n’est pas vraiment de la pâtisserie. C’est que préparer quelque chose de sucré pour quelqu’un, c’est une façon de lui dire qu’il compte. Que vous avez pensé à lui pendant que vous mélangez, que vous avez mis du temps, que vous avez fait attention.
Avec les années, j’ai exploré, raté, recommencé. J’ai appris les classiques français, puis j’ai commencé à les bousculer un peu — pas pour faire moderne, mais pour faire mien. Aujourd’hui, ma pâtisserie, c’est ce mélange : la tradition de ma grand-mère et quelque chose qui me ressemble.
Un gâteau d’anniversaire et des larmes qui ne sont pas de tristesse
Une amie très proche traversait une période vraiment difficile. Son anniversaire approchait et je savais qu’elle n’avait pas le cœur à fêter quoi que ce soit. J’ai quand même préparé un gâteau — pas pour l’occasion, mais pour elle. Quelque chose qui lui ressemble, avec les saveurs qu’elle aime, fait avec le soin qu’on met dans les choses qu’on offre aux gens qu’on tient à garder.
Quand elle a pris sa première bouchée, elle n’a rien dit pendant quelques secondes. Puis elle a posé sa fourchette et elle a pleuré — pas de tristesse. De ces larmes qu’on verse quand on se sent vu, compris, aimé.
Ce jour-là j’ai compris que mes desserts pouvaient faire quelque chose que les mots ne font pas toujours. Depuis, je cuisine avec ça en tête : pas pour impressionner, mais pour toucher.
J’ai sorti des fournées ratées que je n’aurais pas servies à quelqu’un que j’aime. Des mousses qui ne prenaient pas, des génoises trop sèches, des ganaches qui tranchaient au mauvais moment. Des recettes qui semblaient parfaites sur le papier et décevantes dans l’assiette.
Ce que ces échecs m’ont appris, c’est que la pâtisserie ne supporte pas l’impatience. Elle demande qu’on soit là, attentif, qu’on ne coupe pas les coins ronds. Une minute de trop au four, un beurre pas à la bonne température — les détails que d’autres cuisines pardonnent, la pâtisserie ne les oublie pas.
Sur Tastio, je vous parle aussi de ça. Des ratés et de ce qu’ils m’ont appris. Parce qu’une recette sans l’histoire de ses erreurs, c’est une recette à moitié racontée.
La gourmandise n’est pas un défaut — c’est une façon d’être au monde
J’ai longtemps entendu des gens s’excuser de manger un dessert. “Je ne devrais pas, mais…” J’ai décidé que mes recettes ne provoqueraient jamais ça. Elles sont là pour donner du plaisir sans culpabilité, pour célébrer les petits moments autant que les grands.
Je travaille avec des ingrédients simples, souvent locaux, toujours choisis. Je ne cherche pas l’effet spectaculaire — je cherche l’effet durable, celui qui fait qu’on repense à un dessert des jours après l’avoir mangé.
- La pâtisserie est un langage universel — elle traverse les générations, les cultures, les mots.
- Chaque dessert peut réveiller un souvenir ou en créer un nouveau.
- Les ingrédients simples, travaillés avec soin, donnent souvent les plus grands plaisirs.
- La gourmandise n’est pas un défaut — c’est une célébration de la vie.
Les marchés, les vieux livres, et le chocolat noir du soir
Le samedi, je fais les marchés lyonnais avec une idée fixe : trouver quelque chose que je n’avais pas prévu d’acheter. Un fruit de saison que je ne connais pas encore, un miel d’un apiculteur local, une confiture faite en petite quantité. C’est souvent là que naissent mes meilleures recettes — dans l’imprévu d’un étal.
J’aime aussi les vieux livres de cuisine — pas pour les recettes, mais pour les histoires autour. La petite note manuscrite dans la marge, la page collée par une ancienne confiture, la photo en noir et blanc d’une cuisine d’autrefois. Et le soir, quand tout le monde dort, je m’autorise un carré de chocolat noir. Parfois deux. C’est mon moment à moi.
Une question sur une recette, l’envie de partager un dessert réussi — ou raté — ou simplement discuter autour du sucré. Écrivez-moi, c’est toujours avec plaisir.
[email protected]